LES DEFIS DU DEVELOPPEMENT DU MARCHE DES SERVICES
MOBILES A VALEUR AJOUTEE EN AFRIQUE
Par Dr.-Ing. Pierre-François KAMANOU
1 Introduction
Dans le cadre de leur politique de réformes structurelles visant la libéralisation de l’économie
et l’amélioration de la compétitivité, l’ensemble des gouvernements des pays africains ont
engagé des programmes de restructuration du secteur des Télécommunications dont la mise
en œuvre se traduit entre autres par :
l’adoption d’une nouvelle loi des Télécommunications,
la création de l’agence de régulation des Télécommunications,
la mise en place d’un environnement concurrentiel avec au moins 2 opérateurs
mobiles GSM privés,
la privatisation de l’opérateur historique exploitant le réseau fixe.
Les principaux objectifs visés de cette réforme sont :
- améliorer l’offre globale des services de télécommunications du point de vue quantité,
qualité et à des prix accessibles, et faciliter l’accès au plus grand nombre de la
population y compris en zone rurale, pour répondre aux besoins multiples des utilisateurs
et de la population,
- favoriser la participation des opérateurs économiques privés nationaux, surtout dans le
domaine de la libéralisation des services à valeur ajoutée (téléphonie mobile cellulaire,
transmission de données, fourniture d’accès Internet, …….),
- assurer la contribution de ce secteur au développement économique et social du pays.
On assiste donc aujourd’hui à une forte croissance du marché de la téléphonie mobile dans
chaque pays. En plus des services de téléphonie de base offerts, chaque opérateur offre
également des services mobiles à valeur ajoutée via des numéros courts surtaxés ou via
l’Internet mobile (portail WAP).
S’agissant de la libéralisation des services à valeur ajoutée (SVA), il a pour objectif la création
d’offres complémentaires aux services des Opérateurs pour satisfaire de façon efficace les
besoins des utilisateurs en développant une gamme variée d’applications accessibles via
tous les opérateurs de résau.
Toutefois, malgré la forte croissance des abonnés mobiles dans chaque pays, j’ai pu
observer que le marché spécifique des services SMS et vocaux à valeur ajoutée offerts par
des tiers-fournisseurs (autres que les opérateurs mobiles), n’est pas structuré de telle façon à
assurer un développement durable.
2 Analyse du marché actuel des SVA mobiles en Afrique
Dans le contexte de la libéralisation du secteur des télécommunications en Afrique, j’ai eu le
privilège de participer entre 1996 et 1999 à l’acquisition des nouvelles licences de réseaux
mobile GSM dans plusieurs pays francophones pour le compte de MSI Cellular Investments,
connu aujourd’hui sous le nom de Celtel International, sous la supervision directe du Dr Mo
Ibrahim, le fondateur du groupe.
Après plus de cinq années d’expérience dans le développement du marché des services
mobiles à valeur ajoutée en Afrique, je constate que dans bon nombre de ces pays, malgré
l’existence de Régulateurs des Télécommunications, l’environnement n’est pas favorable à
l’émergence des agrégateurs de services mobiles à valeur ajoutée. La situation varie d’un
pays à l’autre comme l’indiquent les cas suivants :
- Cas n°1: le Régulateur délivre des licences de services de télécommunications à
valeurs ajoutée et des numéros spéciaux (courts et longs) à des sociétés-prestataires
mais les opérateurs mobiles n’ont pas encore signé d’accord d’interconnexion et de
partage de revenus avec ces sociétés;
- Cas n°2: le Régulateur n’a pas encore mis en place l’environnement légal spécifique;
toutefois les opérateurs mobiles ont conclu des accords avec certaines sociétésprestataires leur permettant de lancer les services SMS surtaxés basés sur les
numéros courts des opérateurs; mais la plupart de ces accords ne sont pas équitables
au niveau partage de revenus pour le développement des fournisseurs de SVA;
- Cas n°3: le Régulateur n’a pas encore mis en place l’environnement légal spécifique;
et les opérateurs mobiles n’ont pas d’offre d’interconnexion et de partage de revenu
pour les agrégateurs de services mobiles à valeur ajoutée.
Je voudrais souligner les deux meilleurs cas pratiqués:
- Depuis 2002 au Cameroun, l’Agence de régulation des télécommunications (ART) a
introduit une licence de services de télécommunications à valeur ajoutée sous le
régime de l’Autorisation et depuis 2003, elle a mis en place et gère un nouveau plan
de numéros spéciaux comportant les numéros courts et longs qu’elle attribue aux
prestataires de services autorisés ;
- Au Sénégal, l’Opérateur Sonatel-Orange applique un très bon modèle de partage de
revenus avec les Fournisseurs SVA pour les services SMS surtaxés, avec un
reversement de 90% de la surtaxe (tarif utilisateur final moins le tarif normal).
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