Les nouvelles technologies au service d’une agrobusiness en Afrique, le directeur de Manobi en parle.
Dans le cadre d’un partenariat avec l’Institut International pour la Communication et le Développement (IICD), le directeur de Manobi,(http://www.manobi.com) l’une des entreprises pionnière en déploiement de e-business en Afrique et plusieurs fois primée sur la scène internationale est en visite de travail du 18 au 20 septembre 2006 au Burkina Faso. Biologiste de formation et ayant travaillé dans le domaine de la recherche agricole, pendant une quinzaine d’année avant de fonder Manobi il y a de cela 6 ans, il croit aux TIC pour le développement. Pour répondre à nos préoccupations de développement économique dit-il nous pensons qu’il est primordiale de réfléchir à des services TIC qui vont répondre à des besoins locaux. Entretien...

- Présentation de Manobi
- Le Directeur de Manobi en pleine démonstration
Qui est Daniel Annerose ?
Je suis le directeur de Manobi, un opérateur de service à valeur ajoutée sur Internet et sur le réseau mobile. Je suis docteur en biologie végétale de formation. J’ai aussi suivi une formation en maîtrise de l’informatique. J’ai travaillé pendant une quinzaine d’année comme chercheur dans un institut de recherches International, où j’étais spécialisé dans les questions d’améliorations de l’adaptation à d’un certain nombres de plantes à la sècheresse. Plus tard, j’étais en charge d’un réseau de chercheurs au sein de l’organisme français CIRAD. C’est en 2000 que j’ai mis en place Manobi. Manobi c’est aujourd’hui trois entités. Une représentation en Afrique du Sud, une équipe de recherche et développement en France et la maison mère au Sénégal.
Quels sont les domaines d’intérêt de votre structure ?
Nous sommes spécialisés dans la diffusion des prix sur l’Internet, les téléphones portables et autres plateformes. Si on arrive à transformer le téléphone portable en un outil de travail, de business, on pense qu’il pourra devenir rapidement un marché de masse et améliorer les conditions de vie de nos populations. Nous fournissons des services TIC adaptés au monde rural dans toutes ses composantes. Nous avons mis en place au Sénégal et en Afrique du Sud des systèmes d’information sur les marchés qui combine téléphone mobile, Internet, PDA. Nous fournissons aussi des services aux entreprises. On a ce que l’on appelle servicesmachine to machine qui permet par exemple de gérer une flotte de véhicule, de dialoguer avec n’importe quel appareil avec le système GSM. On a aussi tout un ensemble de services pour les communautés, rurales, les collectivités locales avec lesquels nous travaillons beaucoup en ce moment. Enfin, on a un ensemble de services de e-marketing qui sont des services que nous commercialisons en marque blanche auprès des opérateurs comme des plates formes locaux.
Afrique, Internet, TIC, développement quels est la part de réalité dans ces concepts ?
En ce qui concerne les TIC, la réalité est que c’est un secteur en pleine croissance. Mais c’est un secteur qui reste dominé par le mobile. Il y a aussi une autre réalité c’est que le taux de pénétration de cet outil reste malgré tout lent. Nous sommes aujourd’hui face à au moins 4 scenarii mais on ne sait pas lequel va dominer le marché d’ici là. La question principale qu’on se pose c’est comment on va construire cette réalité avec une croissance forte avec un taux de pénétration faible. Pour répondre à ces préoccupations, nous pensons qu’il est primordial de réfléchir à des services TIC qui vont répondre à des besoins locaux de développement.
Que peut-on attendre des échanges que vous aurez avec les acteurs burkinabés ?
Il y a deux aspects dans tout cela, il peut en être plus mais les plus évidents sont ces derniers. Il y a d’une part un aspect technologique qui est là. On sait aujourd’hui qu’on peut répondre aux questions technologiques qui sont posés. Des solutions technologiques sont là. Mais d’autres, il y a des questions relevant de l’ordre de l’organisation des services. Donc, pour le moment il faut que les initiatives soient soutenues. De notre côté, notre responsabilité c’est de mettre en place des modèles économiques pour que les services qu’on va mettre en place soient accessibles facilement. Nous travaillons sur tous les axes, on essaie d’organiser les contenus de travail avec les bénéficiaires. A Partir des réalités du terrain, les services conçus devraient très rapidement être utilisables. On a l’exemple du système d’information sur les marchés en temps réel pour les agriculteurs et les pêcheurs au Sénégal qui marche bien.
Dans le cas d’une structure comme IABER, en quoi consiste l’aide ou l’expertise de Manobi et combien de temps dure t-elle ? IABER est tout d’abord une structure privée et Manobi aussi. Lorsqu’on s’installe dans une relation de partenariat avec une structure privée, leurs objectifs c’est d’explorer de nouveaux marchés et de le faire avec le maximum d’efficacité. Cette pénétration de nouveaux marchés va inévitablement fixer le rythme et la profondeur de notre partenariat. Pour ce qui est des organisations paysannes professionnelles à proprement parler, nous avons un ensemble de solutions qui vont du portail de l’organisation et la gestion d’un espace de travail collaboration, enfin tout en ensemble de solutions qui peuvent aider les organisations paysannes à se mettre en ligne et de façon optimale. Donc les entreprises, les organisations et les collectivités sont soit des clients ou des partenaires. En ce qui concerne le coût, on va tout faire pour que le coût soit abordable pour nos partenaires ou nos clients et tous faire pour qu’elle génère de la rentabilité pour le client. Au fait nous avons une vision du téléphone comme un outil de rentabilité. Donc notre travail c’est donner des services qui créent de la vraie valeur ajoutée à l’utilisateur. Si on donne de la valeur ajoutée l’offre va naturellement se développer en ce moment on ne voit plus le téléphone comme uniquement un objet de dépense mais comme un poste de profit.

- Un public spécialisé attentifs aux explications de Mr Annerose Daniel
Quelles sont les conditions requises pour profiter de vos offres dans un contexte ou l’état de la connexion n’est pas reluisant ?
Dans un contexte ou l’Internet n’est pas disponible cela ne va pas trop affecter le système si l’on dispose d’un réseau mobile qui fonctionne. Déjà avec ça on peut faire pas mal de chose. D’ailleurs on compte rencontrer les opérateurs de téléphonie mobile pour les entretenir de notre concept et nos projets. Un des points qu’on va discuter avec eux c’est comment les services que nous proposons aux partenaires locaux peuvent aider les opérateurs a mieux déployer leur réseau en zone rurale. Toute chose qui pourraient les permettre de mieux assurer leurs activités économiques dans ses zones. Etant une infrastructure comme tout autre si le réseau mobile se développe, l’Internet suivra, l’eau suivra, l’électricité suivra et du coup les conditions de vie s’améliorent. Car cet outil de communication devient un outil de travail c’est à dire que si les opérateurs de téléphonie ne rentrent pas dans la danse les organisations paysannes ne pourront pas bénéficier de ces nouvelles opportunités ?
Si les acteurs économiques burkinabés ne sont pas intéressés et les principaux c’est les opérateurs de téléphonies mobiles, il n’y aura rien. Mais pour les intéresser, il faut venir avec des services et des stratégies qui sont intéressantes pour les utilisateurs finaux mais aussi pour ces opérateurs. Maintenant si l’on refuse des évidences ça ne marchera pas. Mais je pense que les opérateurs de la téléphonie mobile seraient intéressés à développer leur marché.
Selon vous Technologie égale usage et non technique, que peut on entendre de cela ?
Aujourd’hui on pense les technologies uniquement en terme d’innovation technologique. On oublie que cette innovation doit d’abord servir à quelque chose. Or aujourd’hui en Afrique, l’important c’est de bien comprendre les problèmes des populations à la base de manière à mobiliser à leur profit la bonne technologie. Le risque de commencer par la technologie c’est de la développer et vouloir la rentabiliser à tout prix sans vouloir se rentre compte qu’elles ne répondent pas à des préoccupations du moment.
Je crois que le fait qu’on soit dans un réseau à forte croissance avec un faible taux de pénétration, donne une marge de manœuvre important à l’Afrique pour prendre un peu de temps pour construire des services qui répondent à des besoins locaux en développant de bonnes pratiques.
Populations rurales à majorité analphabètes face à des technologies de haut niveau, remarquez vous des réticences ? Nous n’imposons rien donc on ne peut pas parler de réticences. Sur notre continent les gens vivent des sauts technologies, il n’y a pas un continium d’innovation où chaque fois il y a une technologie qui vient des gens qui adoptent etc. On passe d’une situation où vous avez des paysans qui ne font que leur travail de terre avec des outils traditionnels, et d’un moment à l’autre il devrait utiliser une technologie qui arrive d’ailleurs. Il le font parce qu’ils ont intérêt, par exemple avec la connexion WAP ou la téléphonie mobile, ils ont accès à un système d’information sur les marchés. Cela leur permet de connaître le marché et de mieux vendre. Face à ce type de service TIC à valeur ajoutée les gens acceptent de faire le saut technologique. En ce moment ils utilisent la technologie comme un levier et non comme une fin en soi. C’est pour cela que actuellement on a des gens qui utilisent à fond le téléphone mobile même en étant analphabète.
Un dernier mot ?
Nous croyons beaucoup au rôle social et économique des TIC et on peut l’exploiter avec tous les acteurs économiques. Il y a encore trop de pauvreté en Afrique on pense qu’avec les technologies nouvelles on peut les aider à se prendre en charge et améliorer leur conditions de vie.
Propos recueillis par roukiattou Ouédraogo burkina-ntic
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